La bonne pointure

Découvrez ce que le syndrome de l'imposteur nous fait oublier. Et comment retrouver des chaussures à sa taille.

CONFIANCE EN SOI

2/26/20262 min read

Quand j'étais enfant, enfiler les chaussures des adultes était l'un de mes jeux préférés.

Je trébuchais, bien sûr. Mais pendant quelques instants, je me sentais enfin « grande ».

Puis j'ai grandi pour de vrai. Et un jour, j'ai enfilé des chaussures à ma taille : un nouveau poste, une nouvelle responsabilité, un rôle plus important.

Pourtant, la sensation était étrange. J'avais l'impression de flotter dedans.

Je ne vais pas y arriver.

Autour de moi, certains semblaient avancer avec une assurance naturelle. Leurs pas paraissaient sûrs, évidents. Les miens me semblaient hésitants.

Un biais de perception, pas un manque de compétence.

Ce sentiment est très répandu dans la vie professionnelle. Attribuer ses réussites à la chance. Minimiser ses compétences. Surestimer celles des autres.

Ce mécanisme porte un nom : le syndrome de l'imposteur.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'un manque de compétence. Il s'agit d'une distorsion entre ce que l'on sait réellement faire — et ce que l'on s'autorise à reconnaître.

Autrement dit : on oublie sa pointure.

Très souvent, nous nous comparons à une image idéalisée du « professionnel compétent » — quelqu'un qui ne douterait jamais, qui saurait immédiatement quoi faire dans toutes les situations. Cette image est séduisante. Elle est aussi largement irréaliste.

Dans la réalité, la compétence se construit autrement : dans l'apprentissage, dans les ajustements, dans les erreurs aussi. Personne ne marche parfaitement du premier coup.

La légitimité se construit en marchant.

Avec le temps, j'ai appris à reconnaître ce mécanisme — chez moi d'abord, puis chez les personnes que j'accompagne.

Une idée revient souvent : nous pensons devoir nous sentir légitimes avant d'agir. En réalité, c'est l'inverse.

La légitimité ne précède pas l'action. Elle se construit en marchant.

Si nous portons ces chaussures aujourd'hui, c'est pour une raison. Soit nous les avons choisies. Soit quelqu'un nous a choisis pour les porter — quelqu'un qui a vu en nous quelque chose que nous ne voyions pas encore.

Le syndrome de l'imposteur nous fait oublier une chose essentielle : le chemin déjà parcouru. On regarde toujours devant. On se compare. On se juge. Et l'on oublie de regarder derrière soi.

Parfois, il suffit de ralentir un instant. Revisiter ses expériences. Nommer ses compétences. Reconnaître ce que l'on a appris, traversé, construit.

Regarder ses pieds.

Et réaliser que les chaussures que l'on porte sont à la bonne taille. Depuis le début.